—Il va venir bientôt? interrogea-t-elle en s'asseyant.
—Dame! Je pense… fit le garçon d'un air niais.
Puis, la dévisageant:
—Je me rappelle… C'est vous qui êtes venue, il y a un mois?
—Oui; mais dites-moi si M. Berthier rentrera bientôt?
—Ah! mademoiselle, il ne m'a pas prévenu; l'autre fois, il m'avait avisé la veille… on avait apporté des fleurs… Evidemment, il va venir, s'il vous a donné rendez-vous!
Et il souriait encore plus niaisement. Marie s'était mise à trembler. Elle entrevoyait une horrible réalité, un mensonge odieux. Est-ce que cette chambre n'était pas le véritable domicile de Jean?
—Il n'habite donc pas ici? prononça-t-elle fiévreusement.
—Naturellement, mademoiselle, puisqu'il n'a pris cette chambre que pour ses rendez-vous!
Il sembla à Marie que la maison s'écroulait sur elle; et elle s'affaissa dans un fauteuil, tandis que le garçon allait voir si M. Jean Berthier n'arrivait pas. Elle comprenait qu'elle avait été indignement trahie. Mais, quand le domestique revint, pour dire qu'il avait regardé le boulevard dans toute sa longueur, et qu'il n'avait aperçu personne ressemblant à M. Jean Berthier, Marie était debout. Une pâleur livide s'était répandue sur son visage; mais elle résistait à ses larmes. Elle donna cinq francs au domestique.