Il fit une légère pause; l'émotion l'étouffait.

Puis il reprit:

—Mais un nouveau devoir me retient à la vie.—Ma vie ne m'appartient plus, elle appartient à mon ami Jean de Villepreux. C'est lui-même qui, dans la dernière journée que nous avons passée ensemble, m'a tracé mon devoir!

Si Brettecourt avait regardé en ce moment la tenture qui fermait à demi une large baie donnant du salon dans un petit boudoir, il aurait vu remuer cette tenture. Honoré de Villepreux, depuis le début de l'entretien, était tranquillement installé dans le boudoir et écoutait.

Mais, à partir de ce moment, il ne se contenta plus d'écouter: il s'approcha de la tenture, se dissimula dans un des plis, ménageant une légère ouverture qui lui permettait de voir le visage de sa mère. Il pourrait suivre ainsi toutes les émotions qu'elle allait ressentir.

Brettecourt continuait;

—Sans cet abominable malheur, madame, je serais aujourd'hui à Angoville pour vous présenter l'humble prière de votre fils; car il m'avait chargé pour vous d'une mission… qui eût été alors bien pénible à remplir, mais qui, je l'espère, va vous causer aujourd'hui une immense joie…

—Quelle joie pourrais-je avoir désormais? balbutia la marquise.

—Celle de voir revivre votre fils! déclara énergiquement
Brettecourt.

La marquise lui jeta un regard si stupéfait qu'il dit: