—Oh! oui, mère! oh, oui! Votre fille!… Et comme nous l'aimerons, ce petit être!…

Et la marquise souriait: elle entrevoyait ce visage d'enfant… Elle était grand'mère!

X

SOUVENIRS

Lorsqu'on parcourt le quartier du Temple, ses rues noires, étroites, si fourmillantes, si pleines d'activité qu'elles semblent les conduits de quelque énorme machine, et qu'on débouche tout d'un coup à la place des Vosges, on éprouve une étrange impression de calme, de tranquillité. Dans toutes les rues comprises entre le boulevard Sébastopol, la rue Saint-Antoine et les grands boulevards, un étranger serait certainement effaré, assourdi, par le fracas des camions, le grondement des fabriques, le bourdonnement si spécial de ce quartier du travail, et surtout par le mouvement fiévreux de cette population parisienne, serrée, grouillante, pressée, et joyeuse malgré tout. C'est bien le quartier moderne, le quartier de la fabrique, le quartier de cet article de Paris que jalousent tous nos ennemis; quartier moderne et formé cependant de vieilles maisons, de rues trop étroites, souvent malsaines, où les amis de la population parisienne voudraient voir jeter un peu d'air et de lumière.

Cet air et cette lumière, on les trouve, mais insuffisamment pour un aussi vaste quartier, dans la belle place des Vosges. Là, tout est calme, grandiose, comme si le souvenir des époques passées pesait encore sur les beaux hôtels dont Henri IV ordonna la construction. Dès qu'on a franchi le pavillon de Birague ou l'entrée par la rue des Vosges, on se croirait dans une autre ville. C'est le Paris ancien, avec sa majesté; on s'attendrait presque à voir des seigneurs poudrés descendre de magnifiques carrosses; et le passage d'un camion chargé de ferraille semble une chose saugrenue au milieu de tant de souvenirs qu'évoque ce nom de place Royale, son nom primitif, devenu place des Vosges sous la Révolution, en l'honneur du département des Vosges qui avait, de tous les départements français, payé le premier ses contributions, le 20 germinal de l'an VIII; de nouveau place Royale à la rentrée des Bourbons; encore place des Vosges en 1848; place Royale sous l'empire; et définitivement place des Vosges depuis la révolution du 4 septembre 1870.

Parmi tous ces hôtels, anciennes demeures des Montmorency, des Rohan, des Guéméné, des Richelieu, des Chabot, il n'en est pas de plus calme, de plus sévère, de plus majestueux, de plus endormi, que celui qui s'élève dans le coin à gauche du pavillon de Birague.—C'est là qu'habitaient Marie Renaud et sa grand'mère. Leur logement, sous les combles, était situé assez heureusement. Il se composait de deux pièces, d'une cuisine et d'un cabinet. Le matin, le soleil l'emplissait d'une joyeuse lumière; l'après-midi, par les deux petites fenêtres, on voyait l'autre côté de la place très éclairé, lançant des reflets; et on croyait avoir le soleil toute la journée. Avec le ramage des enfants et des oiseaux qui montait du jardin, cela donnait l'impression d'une paix très douce, d'un bonheur assuré, que rien ne saurait troubler. Le soir, la paix devenait plus grande, infinie, un peu mélancolique; on se serait cru là à cent lieues de Paris.

[Illustration: Il était impossible d'être plus notaire et parfait notaire que M. Florimont. (Voir page 86.)]

Le lendemain de la mort du marquis de Villepreux, le lendemain de cette soirée, où elle avait appris le déshonneur de sa petite-fille, maman Renaud était seule dans la salle à manger.

Marie était allée chercher de l'ouvrage chez Mme Welher.