— C’est ça, déclarait-il, ils fument !… Ah ! c’est du propre ! Il y a de l’indiscipline, mon général.

On appelait Croquemitaine mon général en raison d’un fait d’armes que le vieux brave avait commis jadis. Il avait, en effet, dans une mêlée furieuse, sauvé le commandant de sa division et, par son heureuse intervention, évité une panique.

Croquemitaine, cependant, s’était repris à chanter.

— Ba be bi bo bu…

Alors, Radrap marcha sur lui :

— Mon général, tais-toi ! répétait-il. Saperlotte, ce n’est pas le jour de faire l’imbécile ! On a du travail sur la planche…

Radrap disait cela d’un tel ton qu’on ne pouvait se tromper à ses paroles. Le travail dont il s’agissait devait être terrible et sanglant. Le travail, ce devait être quelque combat affreux, quelque furieuse révolution, quelque charge audacieuse à effectuer dans les rangs ennemis.

Mais quel était donc le rêve du vieil invalide et pourquoi ses yeux lançaient-ils des éclairs ?

Radrap, brusquement, prit une décision :

— C’est bon, dit-il à Croquemitaine. Tu ne veux pas te taire, mon général ? Et si tu es grognon, c’est parce que tu es privé de tabac ? Eh bien, tiens… on est des frères… Prends une prise dans ma tabatière… et vive l’Empereur !