— C’est pourquoi ? J’voudrais l’savoir… Justement qu’on était aux oignons ce soir, qu’on f’sait douc’ment les amoureux, et v’là qu’on nous poisse !… M’sieur l’agent, c’est pourquoi qu’on m’arrête ?
L’agent appelait un fiacre, on y poussait les deux apaches :
— À la Sûreté ! commandaient les inspecteurs.
Et comme Mon-Gnasse s’entêtait à demander pourquoi on l’arrêtait, l’agent, brusquement, finit par lui répondre :
— Eh ! parbleu, tu le sauras demain ! C’est pas pour avoir fait des pieds-de-nez aux moineaux, bien sûr !…
Mon-Gnasse ne devait pas en apprendre davantage ce soir-là.
XIV
Bavardages
Nerveusement, M. Havard, qui, ce matin-là, se trouvait seul dans son bureau, rangeait les pièces à conviction dans les dossiers, toute la série de documents qui paraissaient encombrer sa table de travail, et qui, en réalité, venaient de lui servir pour expédier une première enquête fort troublante.
M. Havard s’était mis sur son trente et un. Lui qui, d’ordinaire, traînait d’un bout de l’année à l’autre un chapeau haut de forme cabossé, un veston éculé, des pantalons qui faisaient des poches aux genoux, lui qui se moquait pas mal d’être bien habillé, avait, ce matin-là, revêtu un complet tout battant neuf, ce qui l’impressionnait lui-même et parfois le contraignait à se regarder d’un coup d’œil furtif dans la glace ornant la cheminée.