M. Havard s’était rasé de frais. Il avait soigneusement peigné ses cheveux, sa raie était parfaitement droite, et ses manchettes elles-mêmes étaient immaculées.
Cela annonçait quelque chose, et cela l’annonçait d’autant plus qu’il n’était pas davantage dans ses habitudes de mettre de l’ordre dans son bureau, de veiller à ce que rien ne traînât, de prendre enfin grande attention à ce que la pièce fût dans un état parfait.
Que se passait-il donc ?
De temps à autre, le chef de la Sûreté tirait sa montre, vérifiait l’heure, puis se frottait les mains.
— Voyons ! murmurait-il. Tout est-il bien ?… Oui. Alors, ils peuvent venir…
Et l’examen rapide qu’il passait de lui-même et de ses appartements devait assurément le rassurer, car M. Havard se répondait à lui-même avec un air de satisfaction étalé sur son visage :
— Vraiment, tout est très bien !
Au bout de quelques minutes, M. Havard appuyait sur un timbre placé sur son bureau.
Immédiatement, un huissier parut. C’était un vieux bonhomme qui était depuis de longues années attaché au cabinet du chef de la Sûreté. Il ne prenait jamais rien au tragique, était toujours souriant et accomplissait son service avec une négligence apparente qui ne l’empêchait point d’être au fond très ponctuel.
L’huissier accourait, tenant, sans même le dissimuler, un journal à la main. Il était évidemment occupé à lire lorsque le timbre l’avait arraché à ses loisirs.