Voyant cela, M. Havard ne se retint pas de froncer les sourcils.
— Cuche, jetez-moi ce journal ! ordonnait-il. On n’a pas idée de lire comme ça dans les antichambres !… Vous faites bien mal votre service !
L’huissier Cuche, à cette réprimande, ouvrait des yeux extraordinaires. Il n’avait pas l’habitude de recevoir des reproches, et celui-ci, entre autres, lui paraissait complètement injustifié.
Il y avait bien vingt ans en effet que Cuche occupait la petite table placée dans le couloir, et depuis vingt ans Cuche lisait le journal ostensiblement du matin au soir sans que jamais on eût trouvé ça mal, sans que jamais M. Havard se fût formalisé de la façon dont il occupait son poste.
Le chef de la Sûreté pourtant continuait :
— Et qu’est-ce que c’est que ce gilet déboutonné ? En vérité, vous vous moquez du monde ! Ma parole, c’est à se demander à quoi vous pensez ! Fermez donc votre gilet, Cuche !
Cuche, de plus en plus abasourdi, donna satisfaction à M. Havard, ce qui n’était pas sans mérite pour lui, car il possédait une grosse bedaine et n’aimait pas à être serré.
M. Havard, cependant, continuait à dévisager l’huissier.
— Vous me ferez le plaisir, commandait-il, de mettre en ordre également votre table dans le couloir. Je lui ai jeté un coup d’œil en passant, c’est inimaginable de voir dans quel état vous laissez ça !
Cuche roulait toujours des yeux effarés, se demandant d’où venait l’énervement de M. Havard. Il hasarda :