M. Havard conclut tout cela de l’exclamation de l’huissier.

— C’est juste ! reconnut-il avec un sourire et ayant presque l’air de s’excuser. C’est juste, Cuche ! Je ne vous avais pas prévenu… Eh bien, le ministre vient ce matin. Il vient même deux ministres.

— Ils auraient bien pu rester chez eux ! répondit Cuche. Enfin, soyez tranquille, patron, on va faire le nécessaire.

À ce moment, précisément, M. Havard sursauta. Cuche, pour l’écouter, s’était appuyé contre la porte qu’il avait fermée derrière lui. Or, on frappait à cette porte.

— Ah ! nom de Dieu ! grommela le chef de la Sûreté, je parie que ce sont eux !…

Mais Cuche, qui s’était reculé, livrait passage, non pas à une excellence, mais tout simplement à Juve.

Juve, lui aussi, avait fait des frais d’élégance. Toutefois, comme Juve était beaucoup plus simple que M. Havard, comme il avait aussi moins besoin de l’appui des ministres, il s’était tout bonnement contenté, dans son souci d’élégance, de passer un vêtement un peu plus frais que son veston de tous les jours, et d’arborer une cravate neuve, cadeau que lui avait fait Fandor à l’occasion de sa fête.

M. Havard, qui connaissait Juve merveilleusement, jugea les choses d’un coup d’œil.

— Bonjour, mon cher ! disait-il. On est de corvée, ce matin !

— C’est ce que m’a appris votre télégramme, répondit Juve. Il paraît que le ministre de l’Intérieur se rend chez vous ce matin ?