À coup sûr, la Puce et Mon-Gnasse étaient tombés sous les coups de Fantômas ; lui seul, le Roi du meurtre, le tortionnaire éhonté, pouvait avoir osé cela, pouvait surtout l’avoir réalisé, l’avoir réussi, presque sous l’œil de la police, à deux pas des inspecteurs Nalorgne et Pérouzin.
Mais pourquoi Fantômas avait-il agi ainsi ?
Certes, Juve devinait bien le but du bandit. Il avait voulu imposer silence à Mon-Gnasse et à la Puce. Il avait voulu, sachant ses complices fort capables de le trahir, les rendre muets pour toujours…
Craignait-il donc à ce point les bavardages de Mon-Gnasse et de la Puce ? Ceux-ci avaient-ils donc joué un rôle prépondérant dans les ténébreuses intrigues que Fantômas menait à cette heure ?
Et Juve s’effarait d’autant plus de cette mutilation qu’elle amenait désormais un effroyable malheur.
Ah ! certes, Mon-Gnasse et la Puce, que l’on soignait à l’hôpital, qui allaient mieux, qui échapperaient peut-être à la mort, frôlée de si près, n’eussent pas résisté au désir de se venger !… S’ils avaient pu parler, s’il leur avait été loisible de trahir ce que l’on craignait qu’ils trahissent, dans leur colère furieuse, dans leur rage déchaînée, dans leur rancune aveugle, ils n’eussent pas hésité une seconde.
Mais Fantômas avait assurément bien pris ses précautions.
La Puce et Mon-Gnasse ne pouvaient rien pour le dénoncer, ils étaient muets, muets pour toujours… Tant qu’ils n’auraient pas appris le langage des sourds-muets, il leur serait interdit de se venger, ils ne pourraient trahir celui qui les avait si effroyablement atteints.
Dès que les deux apaches avaient commencé à aller mieux, Juve avait été les interroger, muni des pleins pouvoirs de M. Havard qui, naturellement, outré de l’imbécile attitude de Nalorgne et de Pérouzin, avait dû faire contre fortune bon cœur et remettre l’enquête aux mains de Juve.
Celui-ci, en se rendant à l’hôpital, concevait évidemment de formidables espoirs. Il pensait bien tirer de Mon-Gnasse et de la Puce des indications intéressantes.