Le policier, maintenant, se le demandait non sans une certaine frayeur.
Il contemplait en même temps ce bouge, ce bouge effroyable dans lequel il venait d’entrer. L’Enfer n’avait point changé d’aspect. C’était toujours un trou noir, lugubre, éclairé par la lueur clignotante d’une chandelle de suif fichée à la muraille.
Sur le sol, il y avait toujours la vieille paillasse qui servait de lit. Et les hôtes eux-mêmes, toujours armés jusqu’aux dents, hommes à la face de brute, bêtes féroces véritables, épuisés de misères, affolés de crimes étaient, comme jadis, capables de tout, toujours prêts au meurtre, toujours avides de sang.
Juve, tranquillement s’asseyait.
Il ne s’étonnait point du silence qui avait accueilli son arrivée. Il savait que les brutes en face desquelles il se trouvait avaient l’esprit lent, la réflexion pénible.
Ces malheureux vivaient en réalité dans une telle misère, dans une si sévère pauvreté, qu’ils n’étaient plus guère des hommes, qu’ils étaient tombés peu à peu au rang de l’animal, qu’il leur était pénible, impossible presque, de risquer une phrase.
Juve, cependant, assis sur un billot de bois, demandait :
— Et les affaires, ça va ?
Il sentait le besoin d’engager la conversation. Il fallait, pour détourner les soupçons, qu’il dît quelque chose, qu’il prononçât quelques paroles, qu’il se mît bien avec la bande.
Or, à la question de Juve, d’un coin de la paillasse où il était étendu, fumant une grosse pipe, un homme se soulevait, le chef, celui-là même que Juve, jadis, pour accréditer son personnage de Job Askings, avait proprement volé. Il répondit :