Il en résultait des ombres stupéfiantes. Les armes que chacun tenait miroitaient, devenues rouges, comme souillées de sang. Les visages hâves et amaigris se creusaient plus encore, les yeux de tous brillaient enfin de flammes furieuses.
— Sûrement que les rigolos ont parlé !
— On n’peut donc plus dormir tranquille, maint’nant !
— À c’t’heure, c’est-y la police qui cogne là-haut ?
Ces quelques paroles rappelaient Juve à la réalité des faits.
Un instant, il avait cru vivre un cauchemar extraordinaire. Il avait pensé être transporté au pays des songes. Il avait douté du témoignage de ses sens, stupéfié de trouver en plein Paris, en son époque ultra-moderne, une bande de misérables qui rappelaient les bandes d’autrefois, les compagnons des criminels, des grands voleurs, comme les Mandrin et les Cartouche.
Lourdement, il retomba de cette vision extraordinaire dans le souci des choses présentes.
Les Grouilleurs, puisque les habitants de l’Enfer se nommaient ainsi eux-mêmes, demeuraient tous immobiles, haletants, prêtant l’oreille.
Juve, lui aussi, écouta.
Au-dessus de sa tête, sur la berge, on entendait des pas sourds, précipités, saccadés… Par moments, un cri retentissant, l’appel furtif d’un homme aux abois :