« — Monsieur, je ne sais pas écrire !… J’embrouille mes souvenirs. Tout cela est trop lointain, on ne sait plus qui j’ai été… Non ! Tout bien réfléchi, c’est impossible !
« Le vieux malin avait éventé le piège où je voulais l’attirer. »
Le lendemain, je me présentai chez M. D… Il me reçut affablement, me fit quelques compliments ; je lui développai mes idées sur le théâtre en lui récitant mes récentes conférences. Peu à peu il s’anima, se livra ; vraiment, ce n’était pas un homme ordinaire ! Je me décidai à jouer le tout pour le tout, et, à brûle-pourpoint, je lui criai :
— C’est vous l’auteur des Pensées d’un Mercanti !
Il n’eut pas le temps de se ressaisir, il baissa la tête. C’était l’aveu. Je pris aussitôt mon avantage et je continuai :
— Rassurez-vous, je n’abuserai pas du secret que j’ai surpris. Je vous jure que je ne vous trahirai pas. Laissez-moi seulement rééditer le petit volume en question !
— Cela ne vaut pas grand’chose, objecta-t-il avec orgueil.
— C’est tout de même un document précieux pour l’histoire du théâtre. Je vous assure de toute ma discrétion !
Le vieux, au bout d’une heure, se laissa fléchir. Il me gratifia même d’un exemplaire sur japon, qu’il barbouilla d’une dédicace. Il insista :
— Que l’on ne sache jamais, au grand jamais, que c’est moi qui ai commis ça !… Plus tard, après ma mort, vous rééditerez la chose, mais vous tairez mon nom !