Je veux parler du soin que longtemps à l'avance les auteurs prennent de faire savoir leur nom au public, qui ne se soucie généralement guère de la recherche de cette paternité.
Cette façon d'escompter le succès en en revendiquant préventivement le mérite enlève à la première représentation beaucoup de son attrait et à l'écrivain un peu de sa dignité ; mais Athanase, n'ayant pas les moyens de se poser en réformateur, avait suivi la tradition et cédé aux instances du ramasseur de bouts de nouvelles en quête d'un paragraphe pour son canard.
Aussitôt pris, aussitôt inséré.
Dès le soir même, ledit canard publiait :
« Le théâtre des Divertissements-Plastiques répète en ce moment une pièce en trois actes, premier ouvrage de M. Athanase Briquet, sur les débuts duquel on compte non sans raison. La pièce est intitulée : Les Contes de fée. »
Rien en apparence de plus inoffensif que cette annonce, mais Athanase avait compté sans les chevaliers de la réclame.
Les chevaliers de la réclame jouent, à la suite de la grande armée des lettres, le rôle que remplissent les maraudeurs à la suite des autres armées.
Ils vivent sur le commun.
Leur talent ne leur permettant d'apporter aucune mise de fonds, ils spéculent sur les fonds d'autrui. Ne pouvant entrer au restaurant, ils veulent du moins s'en approprier la fumée.
N'avoir aucune valeur, ne rien faire, et arriver à la notoriété quand même.