Voilà le problème.

Pour le résoudre, tous les moyens sont bons.

C'est le chevalier de la réclame qu'on retrouve à toutes les cérémonies littéraires, — mariages, baptêmes ou enterrements ; c'est lui qui s'y faufile dans les groupes de journalistes, espérant que l'un d'eux s'habituera à sa physionomie et finira par s'informer de son intitulé pour le consigner dans les feuilles.

C'est le chevalier de la réclame qui, tous les matins, lit attentivement la Gazette des Tribunaux, dans le but d'y découvrir une homonymie désirée, auquel cas il écrit le lendemain :

AU RÉDACTEUR

« Monsieur,

» Dans votre numéro du… courant, vous rendiez compte d'un procès où un sieur Pastoreau était condamné pour vol qualifié à quinze ans de prison.

» Je vous serais infiniment obligé de déclarer, par la voie de votre estimable feuille, qu'il n'y a rien de commun entre le prévenu et moi.

» PASTOREAU,
» homme de lettres. »

C'est encore lui qui expédie à l'Indépendance belge le poulet ci-dessous :

« Monsieur le rédacteur,

» Votre dernière chronique annonçait qu'un joueur du nom de Breteuil s'est tué d'un coup de pistolet en sortant du Casino de Hombourg.

» L'analogie de consonnance entre Breteuil et Verneuil étant de nature à plonger dans l'inquiétude ma famille et mes nombreux amis, je vous serais très-reconnaissant si vous vouliez bien me permettre d'user de votre précieuse publicité pour empêcher cette fâcheuse confusion.

» Je suis si peu mort que je prépare en ce moment un grand ouvrage pour une de nos premières scènes.

» Agréez…

» Verneuil,
» membre de l'institut Polydramatique. »

Bien entendu le grand ouvrage n'a jamais existé, mais le coup n'en porte pas moins. Après un certain nombre de mentions de ce genre, les lecteurs de journaux commencent à savoir qu'il existe un homme de lettres du nom de Pastoreau ou de Verneuil.

D'où le savent-ils? Ils seraient bien embarrassés de le dire.

Peu importe à Verneuil ou à Pastoreau ; le chevalier a pratiqué la réclame à la tire, c'est tout ce qu'il lui faut.