La vedette est à l'affiche ce que le ruolz est au luxe contemporain. Autrefois on avait des artistes hors ligne et des couverts d'argent. Aujourd'hui l'on a de l'argenterie de cuivre qui met le clinquant à la portée de tout le monde et des artistes en maillechort qui remplacent l'inspiration par la réclame.

Faute de pouvoir grandir son talent, on grossit son nom, — c'est toujours cela.

Il est tellement ingénu ce bon public! Il se laisse si bien prendre à la routine du regard!

Si j'avais la baguette du Diable boiteux et que je soulevasse le crâne d'un bourgeois comme ce parent de Satan Ier soulevait le toit des maisons, vous seriez témoins d'un travail qui rappelle la célèbre cristallisation de Stendhal.

Assistez mentalement à la comédie.

L'affiche est là embusquée au coin du mur et guettant sa proie. — Le bourgeois passe, son épouse l'accompagne.

L'affiche et les yeux du bourgeois se rencontrent, — mais ne se saluent pas cette première fois. Ils ne se connaissent point encore.

Les yeux ont seulement remarqué des lettres énormes qui lui ont paru constituer un nom, — celui de Bartavelle, le grand premier rôle de mélodrame.

A la seconde rencontre, les yeux et l'affiche ont déjà lié un brin de connaissance. Bartavelle n'est plus un étranger pour le bourgeois.

A la troisième rencontre, les yeux honorent l'affiche d'un petit signe de familiarité.