Euphémie Balandreau, elle, n'avait jamais connu qu'une passion : celle de l'argent. Aussi, dès le principe, sa nouvelle profession lui avait-elle semblé peu lucrative. Mais, la pièce à femmes aidant, l'ex-cantinière ne tarda pas à mettre à profit les souvenirs de son ancien métier. Le troupier fut seulement remplacé par le gandin.
Il était si dur, par les temps de frimas, d'attendre dans la rue les nymphes des Divertissements-Plastiques! Et la mère Balandreau avait si bon cœur!
Elle commença par permettre à un des sigisbées de stationner sur le seuil de sa loge. La semaine suivante, elle l'invita à s'approcher du poêle. Quinze jours après, elle l'autorisa à s'asseoir. Un peu plus tard, comme le pauvret s'ennuyait à périr, il arriva que, pour l'aider à tromper les rigueurs de l'attente, elle eut sous la main une bouteille de je ne sais quelle liqueur. Elle en offrit un verre, qui fut accepté — et payé.
A compter de ce moment, Euphémie Balandreau avait trouvé, — ni plus ni moins qu'Archimède. Elle avait inventé la cantine de l'amour, rien que cela.
A cette cantine venaient tous les poursuivants et tous les suivants de ces dames. Elles étaient quarante actrices dans la troupe ; multipliez, pour chacune, par… — au moins! et supputez les bénéfices de la concierge industrieuse.
Car, il y avait, dans le nombre de ses habitués, des fils de famille qui payaient comme à vingt ans, et des pères — de famille aussi, — qui payaient comme à soixante.
Sans compter les bénéfices de la petite poste galante et le chapitre des renseignements.
Non pas qu'on manquât de principes. Au contraire! Plus on en avait, plus il fallait d'écus en bataille pour en triompher ; — exemple :
— Madame, seriez-vous assez bonne pour remettre en secret cette lettre à…
— Je ne suis la commissionnaire de personne!