Dans cet étroit espace se trouvaient représentés : la communauté conjugale, le chauvinisme, l'administration, le commerce et la cuisine.
La communauté conjugale par une commode à la forme antique, véritable memento d'acajou, qui devait rappeler aux hôtes de céans la date du par-devant monsieur le maire.
Le chauvinisme par un buste du petit caporal, soigneusement recouvert d'un globe protecteur.
L'administration par trois casiers où dormaient quelques paperasses et sur lesquels on lisait en gothique de hasard : M. le Directeur, M. le Régisseur, M. le Caissier.
Le commerce par une petite armoire qui laissait voir en s'entre-bâillant une rangée de bouteilles pleines ou entamées.
La cuisine, par un pot au feu, ronflant près de la fenêtre sur un fourneau économique.
J'allais oublier l'art, qui figurait dans ce capharnaüm sous la forme d'un cadre de bois peint, orné d'une photographie exhibant un ancien amoureux de la troupe en costume collant. Le jeune premier avait daigné, de sa propre main, ajouter au bas du portrait ces mots concis, mais flatteurs : Offert au père Balandreau.
Des chaises de paille, un fauteuil en velours d'Utrecht et un poêle de faïence blanche complétaient le décor. Quant aux personnages…
C'étaient d'abord les maîtres du logis. Isidore Balandreau, ex-enfant de troupe aux vélites de la garde, retraité sergent en 1832 : Euphémie Balandreau, son épouse légitime, ci-devant cantinière de l'armée française.
Isidore Balandreau avait fait de sa vie deux parts, l'une pour la gloire qui lui avait donné le jour, l'autre pour le théâtre qui abritait sa vieillesse. Il disait en parlant des victoires du premier Empire : « Nos batailles, nos lauriers, nos conquêtes. » Il disait à propos des représentations de la petite scène dont il relevait en qualité de fonctionnaire : « Nous donnons demain une première. Nous venons d'engager un comique sur lequel nous fondons de grandes espérances. Nous tenons un succès d'argent. » Il filait enfin avec le père noble de longs entretiens sur l'art militaire et avec le pompier de service d'interminables conversations sur l'art dramatique.