— Comment cela?

— Ah! comment cela! Mon ami, je n'en sais rien. On m'accorde généralement quelque mérite à la Faculté; j'ai sauvé des malheureux que l'on avait déclarés incurables, et j'ai fait, dit- on, des miracles, moi, qui ne crois pas à ceux des autres; eh bien! à franchement parler, les quelques minutes que j'ai passées près de Marguerite m'ont amené à douter de moi-même et de la science.

— Expliquez-vous… dit Octave qui écoutait avec anxiété.

Horace parut se recueillir un moment, puis il reprit bientôt après:

— Voici, dit-il à voix lente et en pesant chacune de ses paroles; la folie se manifeste d'ordinaire par des indices connus, que la médecine a classés, et que vous avez pu observer par vous-même; tous les fous ont le sourire contracté, le regard vague et fixe, le geste heurté; leur voix emprunte un accent guttural; ils marchent d'une façon particulière; ils écoutent sans entendre, ou ils entendent sans écouter; tout le monde sait cela, et ces observations sont élémentaires. Eh bien! chez Marguerite, je n'ai constaté aucun de ces indices.

— C'est vrai, interrompt Octave.

— Et cependant, poursuivit Horace, je la considérais bien plus en médecin curieux et indiscret, qu'en amoureux aveugle; Marguerite regarde avec deux yeux clairs d'une transparence virginale; son geste est gracieux et arrondi, sa voix douce et caressante; elle écoute fort bien ce qu'on lui dit, et, chose surprenante par- dessus tout, je l'ai vue rougir quand je me suis approché d'elle!…

— Mais que concluez-vous de ces observations? demanda Octave.

— Rougir! continua Horace; avez-vous jamais vu un fou rougir, vous? Cela ne peut pas être, et si Marguerite est bien réellement folle, elle échappe à toutes les observations faites jusqu'à ce jour, et sa folie doit être incurable.

Tout en s'avançant vers la demeure de Marguerite, Octave repassait dans sa mémoire les moindres détails de cette conversation, et y puisait à chaque instant de nouveaux motifs d'espérer: