— Que lui dit-elle?
— Oh! ce ne fut pas long!… «Mademoiselle, dit-elle, je viens de voir madame de Beaufort, et j'ai eu avec elle une longue conversation à votre sujet: elle a sur vous des projets dont elle m'a fait part, et j'espère que vous voudrez bien vous y soumettre. Veuillez donc, je vous prie, prendre vos cahiers et vos livres; vous viendrez avec moi, nous aurons à causer, et je ne doute pas que vous ne vous montriez obéissante, comme je me plais à reconnaître que vous l'avez toujours été…» Edmée était blanche comme un suaire; ses lèvres tremblaient. Elle n'eut pas la force de répondre et se contenta de s'incliner en me jetant un regard désespéré. Il s'en fallut de bien peu que je n'éclatasse moi-même en sanglots! Et quand je la vis disparaître, suivant madame la supérieure, mon coeur se fondit, et je retombai sur mon banc, incapable d'avoir une idée.
— Et c'est tout ce que vous savez!… interrogea Gaston d'une voix altérée.
— C'est tout, répondit Mariette.
— Pauvre enfant! fit à son tour Maxime en tapotant les petites mains de la jolie enfant: cela vous a bouleversée.
— Il y a bien de quoi, je suppose.
— Qui sait? Vous vous effrayez peut-être à tort. Quel danger pouvez-vous prévoir? Madame de Beaufort vient chercher sa fille; elle veut probablement la reprendre près d'elle au moment où son mari s'éloigne. Il n'y a rien là que de très légitime et de naturel.
— C'est possible, mais tant que je ne saurai pas ce qu'Edmée est devenue, je resterai avec mes appréhensions.
Machinalement après cet incident, Maxime entraîna Mariette dans un coin du parloir, et aussitôt ils s'engagèrent dans une conversation, dont soeur Rosalie ne pouvait rien entendre.
Mais miss Fanny Stevenson avait bien d'autres pensées en tête!