On eût dit quelque apparition céleste dans un cercle de démons.

L'effet ne se fit pas attendre.

Les, yeux s'allumèrent pleins de convoitise ardente, et l'un des plus audacieux de la bande se leva de table et fit quelques pas vers le comptoir.

C'était un grand garçon, habitué du caboulot, ancien boucher, que l'on appelait le Coupeur, un spirituel sobriquet sous lequel il était fort connu dans l'établissement. Quant à son autre nom, on l'ignorait; il avait le front déprimé, les épaules robustes et voûtées, et l'oeil, les lèvres, toute la physionomie enfin, exsudait la passion et le désir effrénés.

Il n'avait pas proféré une parole; mais sa poitrine avait des grondements de fauve; son intention n'était douteuse pour aucun des assistants.

On devinait facilement la scène qui allait se passer, et il ne pouvait venir à l'esprit de ces étranges témoins, la pensée d'y mettre opposition.

Cependant Edmée n'avait pas fait un mouvement. Réfugiée derrière Palmer, elle ne songeait qu'à fuir. À travers la fumée opaque, elle ne voyait rien et ne comprenait que bien vaguement une partie du danger qu'elle courait.

Mais quand elle aperçut le Coupeur qui se dirigeait de son côté, qu'elle distingua ses traits repoussants et qu'elle remarqua surtout la hideuse expression de luxure qui faisait briller son regard, son sang se figea dans ses veines; elle eut l'instinct de ce que voulait cet homme, et, les joues livides, le geste affolé, elle enfonça ses doigts dans le bras de Palmer.

Une plaisanterie grossière du Coupeur vint encore ajouter à son épouvante.

— De quoi! de quoi! dit l'ancien boucher en avançant à pas lents, avec un rictus ignoble au coin de la bouche; est-ce que l'amour vous fait peur? ou craignez-vous de rendre jaloux le boule-dogue qui vous accompagne?