Elle était heureuse alors; du moins aucun souci sérieux n'empoisonnait les joies sereines auxquelles elle s'abandonnait. Elle ne voyait rien au delà de cet horizon que lui faisait l'amour de son père, et, si elle eût été consultée, peut-être n'eût-elle pas demandé autre chose que la continuation de cette vie monotone et calme.
Mais depuis, d'autres sentiments plus puissants s'étaient fait jour dans son coeur; des aspirations nouvelles s'étaient emparées avec autorité de son esprit; il lui était venu des doutes mauvais, des désirs inquiets qui avaient modifié sa vie.
Que n'eût-elle pas donné pour retourner en arrière! pour revivre quelques jours dans la sécurité du cloître, inconsciente du bonheur mondain, indifférente à ce bruit, ce mouvement, cette agitation qui l'avaient comme grisée, et avaient altéré la pure sérénité dont elle jouissait naguère.
Mais non!
À la réflexion, elle eût refusé ce retour vers le passé.
Désormais, elle sentait bien que c'était impossible.
Maintenant, elle aimait!… Et elle eût préféré mourir plutôt que de renoncer au bonheur que lui promettait l'amour de Gaston, et dont la lettre de Mariette lui apportait un avant-goût exquis.
Il n'en fallut pas davantage pour la rappeler à la gravité de la situation.
Son père allait venir et elle avait besoin de tout son courage pour affronter cette entrevue. Son père!
La pauvre enfant était bien émue, et son coeur se brisait chaque fois qu'elle pensait au chagrin qu'elle avait dû lui causer depuis quelques jours.