Nanna.—T'ai-je parlé des jurements?
Pippa.—Oui, mais redites-le-moi.
Nanna.—Je ne fais que dire et redire; c'est l'ordinaire des femmes qui répètent dix fois la même chose. Peut-être en ai-je fait autant.
Pippa.—Vous m'avez prévenue de ne jamais jurer par Dieu ni par les Saints, puis vous m'avez enseigné à protester par serment de mon innocence vis-à-vis de l'homme qui, par jalousie, me défendait de voir tel ou tel amoureux.
Nanna.—C'est vrai; tu peux donc jurer, mais pas blasphémer: blasphémer est mal, même pour celui qui a perdu jusqu'à ses boyaux, encore pis pour une femme qui gagne à tout coup.
Pippa.—Je me tais.
Nanna.—Apprends à ta servante et à ton valet, lorsqu'ils bavarderont avec tes galants, pendant que tu seras dans ta chambre, à savoir leur suggérer quelques-unes de tes petites envies; qu'ils sachent leur dire:—«Voulez-vous faire de la signora votre esclave? achetez-lui cette chose, elle en a un désir à se pâmer.» Mais tâche qu'ils ne demandent jamais que des futilités, comme qui dirait des oiseaux dans une cage dorée, un perroquet, de ceux qui sont verts.
Pippa.—Pourquoi pas un gris?
Nanna.—Ils coûtent trop cher. De cette façon, tu peux tirer quelque petit profit. Après, tu sauras de temps à autre emprunter à celui-ci, à celui-là ce qu'il te plaira, et le plus possible tarder à le rendre. Si on ne te le redemande pas, garde-le: l'homme qui t'a fait le prêt hésite, rumine, attend ton bon plaisir et, dans l'intervalle, il peut venir à l'esprit de quelques-uns certaine délicatesse qui leur fasse honte de te rien réclamer, mettons qu'il s'agisse de vêtements, d'une casaque, d'une chemise, n'importe quoi. Comme cela, souvent, souvent, tu gardes de bonnes petites choses.