Ma douce flamme, ma maîtresse,
Quand je vois tout mon bonheur sur votre visage,
Je dis que là seulement est le Paradis;
S'il est autre part,
Il doit être une image prise sur vous,
Et il n'est beau que pour ressembler à votre figure.

La nourrice.—Court et bon.

La commère.—Puis ils chantèrent sur le livre, entourés d'une foule de gens:

Puisque le monde refuse de croire
Qu'en moi, grâce à l'amour, habite tout malheur,
Tandis que tout bonheur réside en mon ennemie,
O Roi cruel des races maudites,
Et toi, le Dieu des Dieux,
Pour grâce je voudrais
Qu'un de vous arrachât aux flammes, aux monstres, aux glaçons,
La plus tourmentée des âmes,
Et l'autre l'âme la plus heureuse;
Aux anges du ciel;
Que la mal partagée fût une heure avec moi
Et la bienheureuse avec ma Dame.
Je suis certain que la coupable dirait à tous,
Mise en fuite par mes gémissements:
«J'endure pour mes péchés moindre supplice;»
Et que pleine de joie, l'âme bienheureuse,
Prise au filet de ce doux visage,
Ne voudrait plus retourner là-haut;
Car en moi est un Enfer plus cruel,
Et en elle un Paradis plus sempiternel.

La nourrice.—Voilà qui est stupidement beau; tes bavards de poètes peuvent se vanter de dire de grandes sottises et de délirer continuellement.

La commère.—Aux peintres et aux poètes il est permis de mentir, et c'est pour eux une façon de parler que de grandir les dames qu'ils aiment et le tourment qu'ils éprouvent à les aimer.

La nourrice.—Une corde! et qu'on m'attache ensemble peintres, sculpteurs et poètes: ce sont tous des fous.

La commère.—Les peintres et les sculpteurs (j'en demande pardon au Baccino) sont des fous volontaires; la preuve, c'est qu'ils s'ôtent le sentiment à eux-mêmes pour en douer un tableau, un morceau de marbre.

La nourrice.—Raison de plus pour les lier.

La commère.—Nous oublions ceux qui chantent: