Nanna.—Tu pleures, ma petite poupée?
Pippa.—Je veux pleurer, bien sûr.
Nanna.—Renonce d'abord à la fierté, renonces-y, te dis-je, parce que si tu ne changes pas de façon, Pippa, si tu n'en changes point, tu n'auras jamais de brayes au derrière. Aujourd'hui le nombre des putains est si grand que celle qui ne fait pas de miracle en l'art de savoir se conduire n'arrive pas à joindre le dîner au goûter. Il ne suffit pas d'être un friand morceau, d'avoir de beaux yeux, de blondes tresses: l'adresse ou la chance seules se tirent d'affaires; le reste n'est rien.
Pippa.—Oui, à ce que vous dites.
Nanna.—Et cela est, Pippa. Mais si tu entres dans mes vues, si tu ouvres les oreilles à mes préceptes, bonheur à toi, bonheur à toi, bonheur à toi!
Pippa.—Si vous vous dépêchez de faire de moi une signora, je les ouvrirai bel et bien.
Nanna.—Pourvu que tu veuilles m'écouter, que tu cesses de bayer au moindre poil qui vole et d'avoir l'idée aux grillons, comme à ton ordinaire, quand je te parle dans ton intérêt, je te jure et je te rejure par ces patenôtres que je mâchonne toute la journée qu'avant quinze jours au plus tard je te mets en perce.
Pippa.—Dieu le veuille, maman!
Nanna.—Veuille-le d'abord, toi.