Nanna.—Écervelée, tu parles vraiment là comme une sotte que tu es! Dis-moi, qui est-ce qui vaut le plus, d'un Jules ou d'un ducat?
Pippa.—Je vous comprends; l'argent vaut moins que l'or.
Nanna.—Tu l'as dit. Mais maintenant je songe au bon coup à faire.
Pippa.—Enseignez-le-moi.
Nanna.—Il est beau, on ne peut plus beau.
Pippa.—Oh! dites, maman.
Nanna.—Si cependant notre homme insiste et te fourre entre les cuisses sa jambe gauche, pour te tourner à sa façon, tâte bien s'il a quelque petite chaîne au cou, quelque bague au doigt, et tandis que le goulu tourne autour de toi, poussé par la tentation que lui donne l'odeur du rôti, vois s'il se les laisse enlever; s'il veut bien, laisse-le faire; une fois dévalisé de ses bijoux, tu lui joueras le tour adroitement; sinon, dis-lui d'un air dégagé: «Comment, Votre Seigneurie s'aventure ainsi par derrière à de telles cochonneries?» Le mot lâché, il s'y prendra avec toi de la bonne façon et quand il sera sur toi, fais ton devoir, Pippa, fais-le; vois-tu, les caresses par lesquelles on aide les bons jouteurs à finir sont leur propre ruine, et leur procurer des douceurs, c'est les assassiner. Et puis, une putain qui fait bien ça est comme un mercier qui vend à haut prix sa marchandise. On ne peut mieux comparer qu'à une boutique de mercier les badinages, les jeux, les caresses que débite une rusée putain.
Pippa.—Quelles drôles de comparaisons vous faites!
Nanna.—Voici un mercier; il a des aiguillettes, des miroirs, des gants, des chapelets, des rubans, des dés à coudre, des épingles, des aiguilles, des ceintures, des bonnets, des galons, des savons, des huiles de senteur, de la poudre de Chypre, de faux chignons et cent mille espèces de choses. De même une putain a dans son magasin de douces paroles, des sourires, des baisers, des œillades. Mais ce n'est rien que cela: elle a dans ses mains et dans sa châtaigne les rubis, les perles, les diamants, les émeraudes et toute l'harmonie des mondes.
Pippa.—Comment cela?