La route était solitaire : des piverts s’y poursuivaient de branche en branche et, dans le gui d’un bouleau, un merle sifflait. La nuit approchait ; au bas du ciel violacé, le soleil déjà disparu laissait une bande d’un jaune très pâle, une zone lumineuse sur laquelle des ramures d’arbres se découpaient, distinctes.
Et le soir qui venait n’égayait point Golo ; personne ne l’attendait à Villebard, il y rentrait comme un étranger, ne sachant même pas où il irait coucher. Aussi eut-il un moment de joie quand il s’entendit appeler par son nom.
— Salut, Golo !
C’était le cantonnier, qui l’avait reconnu, derrière ses œillères de toile métallique.
— Salut, mon père Boget ! répondit le soldat.
Mais déjà le vieux avait rabaissé sur son ouvrage sa face broussailleuse, et tranquillement, comme s’il l’avait vu la veille, il continuait à casser son silex à petits coups secs.
Cette fois, c’était Villebard.
Les fumées du soir, dans l’air tranquille, montaient toutes droites au-dessus des maisons. Des coups de fouet claquaient dans la brune ; les chevaux de labour rentraient, leurs bonnes têtes sages encadrées de laine bleue, et derrière eux, dans la poussière, traînaient, avec un bruit clair, les bouts des chaînes qui, toute la journée, les avaient attelés à la charrue, laissée là-bas dans les champs, avec son soc poli, brillant aux étoiles.
La cloche de l’église sonna l’Angélus. Sa voix paisible avait gardé son timbre effacé et monotone, pareil aux campagnes qu’elle emplissait aux heures grises. Qui la faisait tinter maintenant ? Le vieil instituteur, le père Brun, était mort peut-être ; et Golo se souvenait de ses joies anciennes, les jours où M. le Curé et M. le Maître lui abandonnaient, en récompense de sa bonne conduite, le droit de se pendre à la corde. C’était un prétexte pour grimper dans les charpentes où l’on troublait les oiseaux nocturnes, et d’où les cheveux épars dans le vent qui soufflait là-haut l’on regardait, au loin les champs à travers les lames des abat-sons.
Il avait gagné la grand’rue. Des mères rappelaient les enfants qui s’attardaient à jouer, les maisons s’éclairaient l’une après l’autre, et sur le repas du soir, sur la quiétude de la vie de famille, les portes se fermaient.