— Qui toi ?

— Moi, Golo, votre Golo !

Un silence, puis un chuchotement, et des pieds lourds qui tombent sur le plancher. La clef tourne dans la serrure, et Hénocque apparaît, titubant de sommeil, la culotte mal boutonnée et la chemise ouverte montrant un torse velu. Il met la chandelle sous le nez du voyageur, et, quand il l’a reconnu :

— Eh ! la femme ! C’est lui, c’est vraiment lui !… En voilà une occasion pour arriver ! mais ça ne fait rien, entre tout de même.

La mère Hénocque s’est levée, elle aussi. C’est une gaillarde de quarante ans, à la face rougeaude, aux cheveux pâles, et dont l’ample poitrine fluctue dans une camisole entre-bâillée. Les poings campés sur les hanches, elle regarde Golo, maternellement.

— Tu n’as pas l’air faraud, mon garçon ! Tu es comme notre coq, tu as la crête un peu basse.

— Dame ! fait Hénocque, ça ne vous arrange pas un homme, ces brigands de pays-là !… C’est vrai, tout de même, que tu n’as pas engraissé.

— Laissez donc, répond Golo, tout heureux de l’accueil : dans un mois, avec l’air de Villebard il n’y paraîtra plus.

— En attendant, reprend la brave femme, je parie que tu n’as pas mangé.

Et vite, sans se préoccuper des enfants, qui de leurs couchettes, roulent des yeux ahuris, elle ouvre une armoire à côté de la cheminée, une armoire qui pue le vieux fromage, et en tire un morceau de bœuf figé dans sa graisse, une miche entamée, une assiette, un couvert. Hénocque descend un escalier noir qui s’enfonce en terre et, un instant après, il reparaît, tenant à la main une cruche à fleurs, où s’apaise une mousse légère.