— Tiens mon Golo, bois un coup, cela te remettra la gueule en place.

Et, bonhomme, il emplit les verres d’un petit vin gris qui pique et fleure un peu le moisi.

— Ma récolte de l’an dernier, goûte-moi ça : du vin blanc de raisin blanc. C’est de ma vigne de la Bisgauderie ; tu la connais ? En 65, j’y ai fait cinq pièces de vin, et du crâne… C’est dommage que tous ces temps-ci elle ne donne plus rien. Encore, cette année, tiens, il y avait une préparation comme jamais tu n’as vu plus beau, et puis, le 22 d’avril, crac ! voilà tout qui gèle ; c’est-y pas fichant, hein ?

Golo s’est assis, tout ravi de ces bonnes paroles, de cette cordialité qui le ragaillardit. Si le menuisier pouvait le reprendre ? Et, bien vite :

— Avez-vous de l’ouvrage pour moi, patron ?

Il réfléchit un instant le patron, trinque, fait claquer sa langue :

— Pas trop, mon petit, pas trop. Pourtant, on peut quasiment te garder, si tu n’es pas exigeant. Tiens, aux mêmes conditions qu’il y a cinq ans : nourri, logé et quarante-cinq sous par jour. Ça te va-t-il ?

— Entendu ! fait le soldat.

Et les deux hommes se tapent dans la main, un peu émus.

Golo mange lentement, installé à son ancienne place où ce soir, instinctivement, il s’est attablé et il promène ses yeux sur toutes les choses amies, sur la gaine de l’horloge, sur le mur où se découpent les ombres des trois personnages, sur le dressoir où luisent, par rang de taille, les pots d’étain.