Il assistait le lendemain, sur la porte, à l’entrée de la grand’messe. Cordial, il serrait des mains, frappait sur les épaules, était salué de phrases simples : — « Tiens donc, mon Golo, ça s’est tiré tout de même !… Te voilà donc rentré mon homme ! »
La messe dite, il revint pour la sortie, et, retardé un moment par les félicitations du maire, — il voterait maintenant — il dut se hâter afin de rattraper Carrouge qui, pour obtenir son argent du dimanche, avait accompagné sa mère à l’office. Pressant le pas, il remonta le village, longea la maison de Mlle Agathe, une rentière âpre et sédentaire en son logis ; un peu essoufflé, il s’arrêta un instant pour regarder le jardinet de la vieille et découvrir dans l’encadrement de rideaux sa face immobile, penchée sur des feuilletons au papier jauni, coupés naguère dans des journaux. Il allait poursuivre son chemin quand il entendit derrière lui une voix qu’il crut reconnaître :
— Alors, on ne dit plus bonjour, maintenant ?
Il se retourna et vit Cendrine. Elle ne lui sembla plus la même. Elle avait engraissé et de larges taches de rousseur faisaient paraître son teint plus pâle. Comme les Parisiennes qui venaient à la fête de Mécringes, elle portait les cheveux sur le front ; sa robe d’un bleu violent s’ornait de boutons représentant des fleurs, et, passée dans une boutonnière haute, sous la broche, une chaîne de montre en or descendait jusqu’à la ceinture. Des breloques y pendaient, et Cendrine embarrassée, pour se donner une contenance, les tournait et retournait dans ses mains qui sortaient rouges au bout des manches étroites du corsage. Et Golo regardait ces mains, étonné de songer que jadis il les avait beaucoup serrées.
— C’est donc vrai que tu n’es pas mort, reprenait Cendrine. On ne savait plus, depuis le temps ! Hein, tu en as vu du nouveau !
— Et toi, répondit Golo, subitement égayé, c’est toi qui en as vu du nouveau ! Toi aussi, tu as fait une campagne !
— Dame ! il fallait bien faire comme tout le monde.
— Alors, c’est comme ça que tu m’as attendu ?
Avec plus de douceur, en une sorte de reproche amical, elle répondit :
— Et toi, c’est comme ça que tu m’as donné de tes nouvelles ?