— Tu as recommencé à travailler chez Hénocque ?
— Oh ! des braves gens, et puis là, je me retrouve. J’ai assez traîné mes guêtres comme ça, je ne suis pas fâché de me reposer une minute et de revoir les camarades et le pays.
— Eh bien ! c’est ça, on se reverra. En attendant, je me sauve ; faut que j’aille voir par là, du côté de la soupe.
— Allons, dit Golo, bon appétit !
— Et toi pareillement.
Avec sa démarche balancée, Cendrine continuait sa route ; gauche, dans ses habits du dimanche, lentement, elle disparut. Et Golo, qui lui tournait le dos, s’en alla vers le Chep, le long des haies envahies par les orties, le long des fermes, d’où sortait l’odeur musquée des fumiers.
Il retrouva Carrouge seulement après les vêpres, dans le cabaret déserté ce jour-là par la jeunesse de Villebard, partie au « réchaud » de la fête de Fromentières. Jusqu’au soir, ils jouèrent sur l’immense billard, et Golo perdit toutes les manches.
Vers la fin de la dernière partie, comme il venait de manquer un coup superbe, il se retourna, se trouva nez à nez avec un grand gaillard mal équarri, vêtu de noir, rouge de barbe et le front bas.
Le charron Albert Champion sembla tout gêné par la présence de Golo ; il comptait que le menuisier lui adresserait des reproches, et les attendait en s’efforçant de rouler une cigarette entre ses doigts trapus, couverts de cicatrices et inutilement lavés.
— Tiens, bonjour, Albert. Comment ça va-t-il ?