— Très bien : et toi, mon Golo ? En voilà, du temps qu’on ne s’est vu !

Carrouge gagnait toujours. Alors le charron, comme s’il eût cru devoir une réparation à Golo :

— Si nous prenions un verre ? dit-il.

Carrouge, entraîné par le succès, la partie terminée, continuait à essayer des carambolages.

Golo et Albert, l’un en face de l’autre, s’assirent à la même table.

— A ta santé !

— A la tienne !

Et longtemps, tandis que les billes se choquaient avec bruit, ils parlèrent des prochaines élections, de la culture, du prix du vin. A la sortie, le charron accompagna le menuisier jusqu’au milieu du village, et, en se quittant, comme de bons camarades, ils se serrèrent la main.

Le soir, au lit, avant de s’endormir, Golo repassait les événements de la journée : sa rencontre avec Cendrine, ce qu’elle lui avait dit, ce qu’il avait répondu, et tout cela lui paraissait fort simple.

Sûrement, elle avait bien fait de se marier, cette fille, puisqu’elle n’avait pas eu de ses nouvelles. Albert, d’ailleurs, était plus riche que lui, et la préférence lui semblait naturelle. Il ne réfléchit pas davantage, et comme il avait veillé un peu tard, paisiblement il s’endormit.