— Tu devrais même goûter notre soupe, ajoutait la mère, je pense qu’elle sera à ton idée.
— Non. Les patrons m’attendent là-bas. Et puis, voyez-vous… j’aime mieux m’en aller. Au revoir !
— Comme tu voudras, mon garçon ! dit Rutel, qui sortit avec Golo et l’accompagna jusqu’à la grille de bois.
— Voilà du bon temps pour mes asperges, déclara-t-il en suivant l’allée ; et j’ai rarement vu autant de fleurs aux arbres que cette année. Pourvu qu’il ne gèle pas !
Derrière le mur du parc de Vauharlin, on entendit un chant d’oiseau.
— Tiens donc, voilà le rossignol ! c’est le premier… écoute-le…
— Bonsoir, père Rutel.
— Je te dis que c’est lui, sacré bon sang ! Attends, il va recommencer… L’entends-tu, l’entends-tu qui tuite ?
Golo s’en fichait bien, du rossignol.
Mais le premier pas était fait : le menuisier revenait le lendemain. Peu à peu, ce fut une habitude, et, chaque jour, il se rendait au Roc. D’abord il inventa des prétextes, des causes imaginaires qui l’appelaient dans le haut du village, puis il négligea de chercher des explications. Il venait voir le père Rutel, tout simplement, et le vieux ne s’étonnait pas de ses visites. Golo n’était pas embarrassant, pourquoi lui aurait-il fait mauvais accueil ?