A la sortie de l’église, Golo ne rencontrait toujours pas Cendrine et, mélancolique, il s’en allait voir la fête. Il y avait, cette année-là, deux boutiques : le tourniquet de la « mère Guignon », un éventaire de pains d’épices et de sucres de pomme, et un manège, tout en glaces, où se poursuivaient des lions, des léopards et des sirènes, aux sons obsédants d’un orgue de barbarie lequel, jusqu’au soir, joua le même air : tous les enfants faisaient le cercle, hébétés de voir repasser les mêmes couples étalés dans les gondoles, les mêmes filles cramponnées à la barre, riant aux éclats et poussant des cris de joie niaise.

Golo les regardait tourner un moment, avec le vague espoir que Cendrine, elle aussi, viendrait là, attirée par le spectacle : personne ! De guerre lasse, il allait à la loterie, et il restait une heure à écouter appeler les numéros derrière les filles qui tentaient la chance. Pour tuer le temps, lui-même risqua ses deux sous ; il gagna.

— Pour vous, le joli garçon ! s’écria la mère Guignon, une ancienne belle de village, avec des accroche-cœur énormes écrasés sur le front.

Et elle fit passer à Golo une assiette bariolée au centre de laquelle il lut :

Les beaux serments d’amour

Ne durent pas toujours.

Cependant, derrière les maisons, dominant le bruit des pétards allumés par les enfants dans l’ancien cimetière, une détonation plus forte fit dresser l’oreille à Golo : le tir au poulet commençait. Dans un chaume ras, sans un arbre, sans une haie, un pieu était fiché en terre, sur lequel debout et vacillant, les pattes attachées à une planchette, un poulet servait de cible. A quarante pas se tenait le groupe des tireurs. Ils se passaient, chacun à son tour, un antique Lefaucheux dont les batteries sans timbre hésitaient au départ, une arme de rebut qui reculait en crachant. Chacun avait sa façon de se piéter, d’épauler, d’allonger ou de rapprocher la main gauche ; et tous, très sérieux, inquiets de leurs dix sous et jaloux de leur réputation de tireurs, visaient lentement. C’était, sans une femme, une réunion muette où de grands cris, tout à coup, s’élevaient, quand le poulet, touché peut-être, fléchissait sur les pattes. La malheureuse bête, immobile, l’estomac tendu en carène, l’œil clignotant, attendait. Des balles passaient loin d’elle, qui s’en allaient trouer le chaume en soulevant de la poussière ; d’autres frôlaient la planchette, et leur trajet se reconnaissait au mouvement effrayé du volatile qui se jetait à droite ou à gauche ; d’autres enfin touchaient le but : des plumes volaient et une aile pendait, fracassée. Puis une patte était fauchée et la bête chavirait alors, se débattait, pendue à la planchette.

Des contestations se produisaient entre le tireur et l’industriel :

— Je vous dis qu’il n’est pas mort.

— Je vous dis que si.