Tous couraient, allaient vérifier le coup, et les discussions recommençaient autour de l’agonie du poulet, qui, la tête en bas, perdait son sang, goutte à goutte, par le bec.

Carrouge avait gagné : il brandissait en l’air sa victime, et les jeunes gens de la commune, rejoints par Golo, l’escortaient vers le cabaret.

La nouvelle salle du Puits 120 était déjà pleine de monde, de fumée et de bruit. L’entrée du poulet fit sensation ; des applaudissements éclatèrent et l’on battit aux champs :

— Ohé ! la coterie ! salua le père Farcette, montez, on vous a gardé la chambre.

Et, au milieu des blagues de toute l’assemblée, ils gravirent l’escalier, derrière le comptoir.

La chambre, récemment plafonnée, était humide et sentait le plâtre frais. Des illustrations coupées dans les journaux, des affiches annonçant des feuilletons, des réclames coloriées pour des machines agricoles ornaient les murs. Pas de meubles, un lit seulement, sans traversin ni oreillers. Des tables avaient été dressées sur des tréteaux et la cheminée était décorée par une belle rangée de bouteilles, portant toutes la même étiquette : « Apéritif Meldois », en lettres d’or.

— C’est-il des canettes que vous voulez, les enfants ? interrogeait l’aubergiste.

— Donnez-nous-en toujours pour commencer, on verra après.

Les chapeaux jetés sur le matelas, on s’assit et les bouchons des canettes partirent. Immédiatement, les plaisanteries commencèrent.

Un certain Chandelle surtout en débitait de raides. C’était un garçon tout en longueur, comme le disait son sobriquet, blême avec des cheveux roux et de gros yeux, l’air rosse avec sa figure glabre et sa bouche fendue en tirelire : le loustic de la bande. Tout de suite, il entreprit Golo à propos de la procession.