— Oui, ripostait un vieux, jusqu’au jour où nos députés auront supprimé les bouilleurs, pour nous faire avaler à tous l’alcool de betteraves.

— Ma parole ! concluait Carrouge, ils veulent donc avoir notre peau, qu’ils s’entendent seulement pour nous empoisonner !…

Ceci n’empêchait pas le fils de la veuve de s’empoisonner dès maintenant en lampant avec délices les sophistications du Puits 120. Et, bien qu’ils fussent de son avis, jeunes et vieux l’imitaient, si bien qu’au bout d’une heure, tous avaient leur compte, tous étaient gris.

Chaque soir, à la minute réglementaire, l’aubergiste déclarait qu’il allait fermer ; il éteignait les lampes, ne laissait allumé qu’un lumignon dont la lueur jaune tremblait au milieu du billard, sur la housse. Puis, avec affectation, de manière à être entendu des voisins, il fixait les volets, laissait la porte ouverte un moment :

— Allons, les enfants, il est l’heure d’aller se coucher !

Il attendait, debout sur le seuil. Personne ne démarrait.

— Mais il fait froid ici ! proférait régulièrement une voix, après un long silence.

Le patron ne se faisait pas autrement prier.

— Allons ! si c’étant !…

Et il repoussait la porte, enlevait le loquet, et l’on recommençait à boire. L’autorité n’était pas à craindre : le garde-champêtre était là et si, par hasard, les gendarmes de Mécringes passaient en tournée nocturne, tous les clients auraient vite fait de se sauver par la fenêtre du jardin.