Golo regardait la veuve : une figure terne avec des cheveux d’un blond fade qui s’échappaient de la marmotte, des yeux soumis, et, sur la bouche édentée, un sourire qui essayait de promettre, un sourire où il y avait de la luxure feinte et de la confusion dissimulée. Elle n’avait jamais été jolie, jamais personne n’en avait été amoureux alors qu’elle était jeune, et ce n’était pas les sens qui la livraient aux hommes depuis que son mari était mort. Son métier maintenant, elle l’acceptait comme une besogne, avec la résignation des pauvres.

Ils se contemplaient niaisement.

— Tiens, Golo ! par quel hasard ?

— Il n’y a pas de hasard… Je suis venu comme ça, pour vous voir… pour vous dire bonjour…

Et il continuait ces propos insignifiants, toute sa hardiesse réfugiée dans des grimaces qu’il essayait de rendre significatives et qui n’attestaient que sa parfaite gaucherie.

La veuve n’osait pas l’encourager, n’étant pas suffisamment sûre de ses intentions.

— C’est Ledoux qui m’a parlé de vous, l’autre jour, chez Farcette… alors, je suis venu…

— Ledoux, c’est un brave garçon.

Il y eut un silence embarrassant. La veuve le rompit :

— Eh bien, puisque vous êtes là, asseyez-vous donc une minute, vous allez goûter mon cassis.