Elle atteignit une bouteille, rinça deux verres sur l’évier, derrière la porte ; et pendant qu’elle tournait dans la chambre, Golo la suivait du coin de l’œil. L’audace lui venait, mais en même temps décroissait son désir devant la simplicité de la chose et la tristesse de l’endroit, et il restait là, bêtement, avec une vague envie de sortir.
— A votre santé, mon Golo !
— A la vôtre, à la vôtre !
Et on trinqua. Ils buvaient tranquillement, à petits coups, en parlant de questions indifférentes : du temps qu’il faisait, des noix qui étaient abondantes cette année, des semailles qui se faisaient convenablement. Mais leur gêne persistait, lui, hésitant toujours à la demander, elle, n’osant pas s’offrir.
Pourtant il avait vidé son verre et il se levait pour s’en aller. Elle se levait aussi, le reconduisait à la porte.
— Allons, à nous revoir ! disait Golo, un de ces jours je reviendrai.
— C’est cela, quand vous voudrez ; je suis toujours là.
Et, comme elle s’effaçait pour le laisser sortir, elle le frôla légèrement. A ce contact imprévu, il tressaillit, les sens subitement remués. Le fichu lâche de la veuve s’était ouvert et, par l’échancrure de la robe mal agrafée, l’on voyait la naissance du cou, un peu de peau nue où le hâle cessait, un peu de chair débile… Elle ne se défendit pas, riant seulement d’un rire niais de gamine chatouillée.
— Laisse donc ! laisse donc ! répétait-elle.
Mais il l’avait étreinte, il l’enlevait de terre et la reportait dans le fond de la chambre… Elle riait toujours, la tête renversée en arrière, la main sur les yeux…