Golo avait franchi la grille. Comme un tapis sous ses pieds la neige empêchait Cendrine de l’entendre. Il était près d’elle, à la frôler presque, lorsqu’elle l’aperçut.
— C’est encore toi ? fit-elle ; eh bien, vrai, tu en as du toupet !
Et, décidée à ne pas s’occuper de lui davantage, elle continua à balayer.
Golo restait un peu abasourdi de cet accueil. Bien qu’à cette heure il fût médiocrement possédé de soucis vaniteux, il lui était désagréable de constater que sa crânerie avec le charron, l’autre jour, n’avait servi de rien et que Cendrine, en femme pratique, n’hésitait pas à sacrifier son amour-propre à sa tranquillité. Il ne s’indigna point, eut simplement un sourire ironique et attristé.
— Alors, reprit-il doucement, c’est tout ce que tu trouves de gentil à me dire ? C’est comme ça que tu reçois les anciens camarades ?
Et comme elle faisait semblant de ne pas l’entendre, lui, très calme, mettait la main sur le balai, et l’obligeait à se tourner vers lui.
— Allons, ne fais pas ta méchante. Aujourd’hui je ne t’ennuierai pas longtemps ; mais, vois-tu, j’ai des choses à te dire…
— Dis-les vite alors, car il ne fait pas bon ici à ne pas bouger. Seulement, je te préviens ; si c’est pour me parler de la vieille histoire, tu peux t’en aller tout de suite. Ça t’amuse peut-être, tout ça ; moi, ça ne m’amuse pas, mais là, pas du tout : tu m’en as fait avoir assez, des tracas, depuis un mois, avec tes manies de passer et de repasser tout le temps devant chez nous. C’est-il que tu deviens fou ? Comme si je ne la connaissais pas, ta figure !… Non, c’est trop bête, à la fin !
Plus doucement encore, il répondit :
— C’est justement parce que ça va finir que je suis venu encore ce soir. Seulement, il faut que tu m’aides un peu à te débarrasser de ma présence. Ah ! j’en ai assez, moi aussi, de cette vie d’abruti que je mène depuis ma rentrée du régiment, à me manger les sangs pour une qui se moque de moi !… Sois tranquille, si j’avais pu te mépriser comme tu me méprises, il y aurait beau temps que tu n’entendrais plus parler de Golo. Eh bien ! un moyen de t’oublier, il y en a un, mais il n’y en a qu’un, et je vais le prendre : demain, je quitte le pays ; nous ne nous reverrons plus.