Sa voix tremblait. Il répéta :

— Non, nous ne nous reverrons plus.

Devant cette douleur qu’elle ne comprenait pas, mais dont aujourd’hui, pour la première fois, elle devinait la violence, Cendrine resta un instant interdite, cherchant ses mots.

— Vraiment, fit-elle enfin, vraiment tu n’es pas raisonnable. Voyons, il n’y a pas de bon sens !… il ne faut pas te monter la tête comme cela. Et puis, t’en aller où ? Il paraît qu’on ne trouve pas de l’ouvrage partout comme on veut, par le temps qui court. Et le père Hénocque, qu’est-ce qu’il va dire, ce pauvre vieux ?

Golo ne répondit rien, Cendrine continua :

— Reste donc ici, et ne pense plus à l’ancien temps. Quand on se rencontrera, on se dira bonjour. Là, vrai, maintenant, qu’est-ce que tu veux de plus ? Et qu’est-ce qui nous arriverait, une supposition qu’on se revoie ? un tas de contrariétés, et ça serait tout.

Golo, silencieusement, approuvait de la tête.

— Je sais bien, dit-il enfin, et c’est justement pour cela qu’il faut que je m’en aille. Mais voilà, je n’aurais jamais voulu quitter Villebard sans me réconcilier avec toi, ni partir sans une parole d’amitié qui me donne du courage, car j’en ai besoin, va !

— De l’amitié, repartit Cendrine, de l’amitié, mais bien sûr que j’ai de l’amitié pour toi ! S’il ne fallait que ça pour te consoler !…

— Il y aurait bien encore autre chose, fit Golo, mais peut-être que tu ne voudras pas. Et pourtant…