Il n’acheva pas ; un silence se fit. A l’autre bout du jardin, le père Rutel, en gilet de tricot à manches, enlevait soigneusement, avec une pelle de bois, la neige qui recouvrait son carré de choux verts montés. Il savait qu’au coucher du soleil, durant ces soirs d’hiver où la campagne est recouverte, les pigeons ramiers, pressés par la faim, s’abattent avidement sur cette verdure inespérée. Il méditait un affût et terminait ses préparatifs. En se retournant, il aperçut Golo, et lentement, l’air goguenard, sa petite tête enfouie dans une grosse casquette en poil de lapin, il marcha vers le couple.

— Qu’est-ce qu’il te veut encore, celui-là ? demanda-t-il à Cendrine.

— Oh ! rien… il vient me dire adieu avant de quitter Villebard.

— Tiens, il s’en va ! Quelle idée, donc ? Et où ça, qu’il va ?

Golo ne répondit rien.

— Je ne sais pas, dit Cendrine au bout d’un moment.

— Ah ! reprit le vieux…, et comme ça, il fait sa tournée d’au revoir. Eh bien, ça me remet un peu avec lui, ce brigand-là !… Nous étions camarades, dans les temps.

— C’est vrai, fit Golo, mais vous savez, père Rutel, moi, je ne vous en veux pas.

— Moi non plus, mon garçon ; seulement, à rester là, comme ça tous les deux, vous allez empêcher les pigeons de descendre : le moment approche…

En effet, le soir tombait. Décidément, il faisait plus doux ; le ciel s’était éclairci. Au couchant, de longues barres, couleur de soufre, s’étiraient à l’horizon. Une lumière mourante éclairait obliquement les pétales des roses de Noël qui pointaient de la neige.