Il serrait la main du patron, courait embrasser la mère Hénocque. Elle épluchait des pommes de terre, restait abasourdie ; et lui, balbutiait des remerciements, des souhaits de santé, des excuses. Les enfants survenaient :

— Tu nous rapporteras quelque chose du pays où tu vas, n’est-ce pas, Golo ? disait l’aîné.

Il promettait, prenait la valise, la mettait sur l’épaule :

— Allons, en route !

— Puisque tu y tiens, adieu Golo !

Et il hâtait sa marche pour gagner le train des Ardennes qui passait vers dix heures à Rademont.

Dehors, il faisait presque tiède. Le vent, durant la nuit, avait fini par tourner à l’ouest, et la neige, par endroits, commençait à fondre. Les branches des arbres suintaient, et, des toits, de grosses gouttes d’eau tombaient. Dans les cours, les poules avaient reparu et, sur les murs, les pigeons gonflaient leurs jabots vers le soleil pâle qui venait de percer la brume. La matinée était d’une douceur inattendue, un peu mélancolique pourtant : on sentait que les froids n’étaient pas finis.

Il tardait à Golo de sortir du village. Il avait hâte d’échapper à la curiosité des gens. Surtout il craignait d’être remarqué par les clients du Puits 120 ; à cette heure, tous, devaient « dire la messe » autour des tables du cabaret en lampant l’eau-de-vie blanche.

Pour éviter l’auberge, il quittait la grand’rue, suivait la sente qui, auprès de l’ancien cimetière, rejoint la route de Rademont. Elle était déserte, à cette heure ; déserte aussi la campagne à l’entour. Le dégel lustrait la neige, la tassait. Des senteurs de fumier arrivaient des fermes. La route gagnée, le menuisier traversait le petit bois d’acacias, et là, une voix l’arrêtait :

— Salut, Golo ! Comment que ça va donc ?