—Vous êtes folle! murmura Gaston.

—Allumez les flambeaux maintenant, monsieur de Vieux-Loup; les gens de cœur ne se battent point dans l’obscurité.

—Vous êtes folle! répéta le jeune homme.

—Allumez! vous dis-je, répondit Dragonne, et cette fois avec un tel accent d’autorité, que Gaston obéit machinalement et éclaira les deux flambeaux à trois branches placés sur la cheminée.

Alors il osa regarder Dragonne.

Dragonne avait boutonné jusqu’au menton son justaucorps de chasse, et si elle n’avait eu la tête nue, on eût juré qu’elle était homme, tant il y avait de froide audace dans sa pose, de calme, de courroux et d’énergie virile dans son regard.

Une fois de plus, Gaston eut peur.

Elle étendit la main vers la porte, et lui dit:

—Il y a là, sur un escabeau, deux épées enroulées dans un mouchoir. Ces deux épées sont vieilles, monsieur, aussi vieilles que notre haine; elles datent de la Saint-Barthélemy. L’écuyer du marquis de Lancy les ramassa toutes deux après la mort de son maître, qui passa la nuit gisant à côté du baron de Vieux-Loup, également trépassé. Ces armes sont demeurées dans ma famille comme un douloureux trophée; je les ai choisies pour nous au faisceau de la Fauconnière: sur l’une est gravé l’écusson des Vieux-Loup, ce sera la vôtre; sur l’autre, on voit encore les armoiries des Lancy; elle ne se brisera pas dans ma main. Veuillez les prendre.

Gaston hésita.