—Allez!... lui dit Dragonne d’un ton si impérieux qu’il obéit encore.

Il revint avec les épées et les tendit à Dragonne.

—Voici la vôtre, lui dit-elle; et maintenant si vous êtes chrétien, si vous savez une prière, dites-la, comme je vais en dire une moi-même, car l’un de nous deux sera mort avant dix minutes.

Jusque-là Gaston de Vieux-Loup avait été tellement étourdi, tellement anéanti par le coup qui le frappait, qu’il avait agi sans penser, regardé sans voir, obéi sans comprendre; mais la situation devenait trop dramatique pour que cette étrange ivresse pût se prolonger plus longtemps.

Il rejeta donc loin de lui l’épée que Dragonne lui tendait, et la regardant en face:

—Votre haine vous aveugle donc à ce point, lui dit-il, que vous fassiez l’injure au dernier de vos ennemis de le prendre pour un lâche?

—Un lâche?

—Oui, un lâche, mademoiselle. Avez-vous pu croire que moi, Gaston de Vieux-Loup, le dernier gentilhomme de ma race, je croiserais le fer avec une femme?

—Je ne suis point une femme, monsieur; si vous êtes le dernier gentilhomme de votre famille, je suis, moi, le dernier cœur viril de la mienne. Ne vous défendez point de prendre cette épée, et croisez-la sans crainte contre la mienne, car je la tiendrai vaillamment; car mon sexe est une triste bouffonnerie du hasard, car j’ai le courage et la force d’un homme; car bien certainement je tire mieux que vous.

—Peu m’importe! murmura Gaston.