—Ah! vous vous croyez lâche, reprit Dragonne avec irritation, et vous refusez le combat. Eh bien! moi, Dragonne de Lancy, je vous répute tel si vous n’acceptez sur-le-champ.

—Jamais! dit froidement Gaston.

Dragonne haussa les épaules.

—Vous l’avez voulu, dit-elle, monsieur Gaston de Vieux-Loup, je vous tiens pour un lâche.

Gaston pâlit, mais il ne bougea pas et ne ramassa point l’épée que Dragonne poussait du pied devant lui.

—C’est mal, murmura-t-il, ce que vous faites là, car je vous aime...

Ces derniers mots firent monter au front de Dragonne une rougeur pourprée.

—Ceci, s’écria-t-elle, est une nouvelle insulte: lâche! trois fois lâche!

Gaston croisa les bras lentement.

—Oui, répéta-t-il, je vous aime, et ne suis point un lâche cependant, car je vous dis: Vous vous vantiez tout à l’heure de votre supériorité à l’épée; eh bien! si je prenais ce fer, si je me défendais, vous me tueriez cependant tôt ou tard. Tuez-moi donc aussitôt, Dragonne, tuez-moi sur-le-champ. Nous sommes seuls, je refuse de me sauvegarder; vous me provoquez, et comme je n’ose relever votre défi, comme je tremble sous votre regard, vous me tuez, c’est votre droit.