Dragonne ne répondit point, mais elle ôta froidement son gant, s’approcha de Gaston et lui en frappa les deux joues.
Gaston recula d’un pas et s’adossa au mur:
—Pauvre Dragonne, murmura-t-il avec tristesse, tue-moi donc tout de suite, au lieu de me faire ainsi souffrir.
—Non, s’écria Dragonne, je ne vous tuerai pas si vous ne vous défendez, mais je veux que vous portiez la marque éternelle de votre lâcheté.
Et elle éleva la pointe de son épée à la hauteur du visage de Gaston.
Celui-ci comprit, et, désespéré, pour en finir à tout prix, il se dressa sur la pointe du pied, si bien que l’épée de Dragonne, au lieu de l’atteindre au visage, le frappa à l’épaule et s’y enfonça de deux pouces.
La douleur lui arracha un cri, il chancela et pâlit.
Ce cri dégrisa Dragonne, cette pâleur la fit frissonner; elle jeta son épée, reçut Gaston dans ses bras, et folle, en proie à un subit et terrible délire, elle s’écria:
—Mon Dieu! j’ai tué celui que j’aimais!
Dragonne pouvait croire jusqu’à un certain point qu’elle avait tué Gaston, car celui-ci, brisé par tant d’émotions poignantes et qui s’étaient succédé avec une telle rapidité, succombait à une sorte d’affaissement moral, bien plus qu’à la douleur qu’il ressentait de la blessure que Dragonne venait de lui faire.