Ce fut alors un spectacle étrange et touchant que celui de cette femme tenant dans ses bras son amant évanoui, le portant sur le canapé, déchirant ses vêtements, sa chemise, comme il le faisait pour elle deux jours avant, interrogeant avec terreur la profondeur de cette blessure que dans sa folie elle avait ouverte elle-même, pleurant et se tordant les mains, l’appelant des plus doux noms et lui demandant grâce et pardon de son égarement et de sa cruauté.

Gaston était toujours évanoui, et Diane cherchait vainement autour d’elle et fouillait inutilement les placards du pavillon pour y trouver des sels ou simplement un peu d’eau fraîche. Il n’y avait absolument rien!

Alors, épouvantée de cette pâleur mate qui couvrait les joues de Gaston, mademoiselle de Lancy eut recours à un héroïque et singulier remède: elle appuya ses deux lèvres sur le front décoloré du jeune homme et y mit un long baiser.

M. de Vieux-Loup rouvrit les yeux presque aussitôt, et regarda Dragonne avec étonnement.

Dragonne était à genoux devant lui, le visage baigné de larmes; elle lui pressait les deux mains et lui demandait pardon encore.

—Ah! l’affreux rêve! murmura Gaston.

—Ce n’est point un rêve, répondit-elle, tout est vrai... je suis un monstre... j’ai eu le vertige... Gaston, pardonne-moi...

Il remarqua alors quelques gouttes de sang découlant de son épaule sur ses mains et jaspant au passage sa chemise entr’ouverte.

—Mon Dieu! répétait Dragonne en pleurant, me pardonneras-tu jamais, Gaston... mon Gaston adoré, toi que j’aimais avec passion... toi que j’ai failli tuer?...

Pour toute réponse, le jeune homme prit dans ses mains la tête bouleversée de Diane et lui rendit ce baiser qu’elle venait de mettre sur ses lèvres et qui l’avait rappelé à la vie.