—C’est inutile, interrompit-elle vivement, je ne veux pas me marier.
—Petite entêtée! murmura le marquis... Bah! nous en reverrons, comme disaient nos pères les veneurs.
Tandis que le marquis prononçait cette dernière phrase, Albert de Lancy parut sur le seuil du salon. Il s’avança lentement, avec une tristesse et une mélancolie où perçait néanmoins une résolution inaccoutumée.
Il vint droit à son père et se tint debout, devant lui, dans l’attitude d’un homme qui va entamer un entretien solennel.
—Pour Dieu! mon fils, dit le marquis étonné, expliquez-nous, je vous prie, d’où vous vient cette physionomie majestueuse et préoccupée?
—J’ai besoin de vous parler, mon père.
—A moi seul?
—Non, répondit Albert, nous sommes en famille, personne n’est de trop... Voulez-vous m’écouter, mon père?
—Certainement, Albert, parlez.
—Mon père, dit Albert d’une voix émue, mais assurée, vous aviez raison quand, durant mon enfance, vous prétendiez que la nature s’était trompée en faisant de Dragonne une femme et de moi un homme. Vous aviez raison, mon père, car je ne possède aucune de ces qualités viriles qui sont nécessaires à un homme pour bien porter un noble et vieux nom comme le nôtre.