—Vous vous trompez, mon oncle, il a laissé un fils: ce fils, c’est moi.
—Quel âge avez-vous donc? demanda le vieillard.
—Vingt ans, mon oncle.
—Vous voyez bien que c’est impossible; il y a trente-deux ans que mon frère est mort, et cependant vous lui ressemblez... vous lui ressemblez à ce point, que j’ai cru que c’était lui... lui à vingt ans, comme il était lorsque nous nous séparâmes pour toujours.
—C’est tout simple, je suis son fils.
—Monsieur, dit sévèrement le marquis, n’abusez point d’un caprice étrange du hasard pour essayer de duper une honnête famille.
—Monsieur le marquis, interrompit froidement le chevalier de Lancy, et avec un accent de conviction et de franchise tel, que tous les personnages témoins de cette étrange scène se sentirent dominés, je me nomme Oscar-Honoré de Lancy, je suis officier de la marine anglaise, et je n’ai jamais trompé personne. Je vous dis vrai, je suis le fils du chevalier de Lancy, mort aux Indes le 1ᵉʳ février 1846, et non point à Paris en 1815, comme vous l’avez cru naguère.
Un double cri s’échappa de la gorge de Dragonne et de celle de Gaston; mais le doute revint aussitôt après, car ce dernier avait toujours entendu dire à son père qu’il avait tué le chevalier de Lancy d’un coup de quarte dans la poitrine, et Dragonne avait vu vingt fois l’extrait mortuaire du défunt dressé à la mairie du deuxième arrondissement de Paris.
—Monsieur le marquis, reprit le nouveau venu, connaissez-vous l’écriture de votre frère?
—Oui, dit le marquis.