«Ce garçon-là, murmura Gaston, a la voix flûtée comme une jolie fille et il arrive comme marée en carême. Je meurs de faim: voyons le quatrième et dernier couplet, afin qu’il ne s’égare pas dans le brouillard. Je tiens essentiellement à souper et à ne point coucher ici.»
Et Gaston chanta gaillardement:
Le vieux saint Hubert va trouver saint Pierre,
Et lui dit:
«Laisse-moi sortir une heure entière.
—Ah! veneur maudit,
Lui répond le saint, veneur sans entrailles,
Veneur inhumain,
Si je te lâchais par les jeunes tailles,
Ce soir ni demain,
Demain ni jamais, à ma porte close,
On ne te verrait revenir.
Les veneurs sont gens qui de toute chose,
Promesse ou serment, perdent souvenir.»
Gaston s’arrêta, bien que le quatrième couplet eût encore une stance; il voulut permettre ainsi à la voix des bruyères de l’achever, et il avait calculé juste, car ces quatre derniers vers retentirent à quelques pas dans le brouillard:
«N’as-tu point assez couru cerf et lièvre,
Loup, renard et daim?
Laisse là ta trompe et calme ta fièvre...»
Saint Hubert murmura: «C’est fâcheux d’être saint.»
Au moment où la voix s’éteignait, deux chiens de chasse de la race vendéenne sortirent des bruyères et vinrent bondir auprès de Gaston, en même temps qu’un jeune homme de taille moyenne se dégageait du brouillard et apparaissait au voyageur, un fusil de chasse à la main et une carnassière au dos.
C’était un tout jeune homme, autant que l’obscurité pouvait permettre d’en juger, un joli garçon, de bonne mine et d’excellente maison, dont le justaucorps de chasse enfermait une taille fine et cambrée, et dont la petite main était soigneusement gantée de peau de daim.
—Ma foi, mon jeune chasseur, lui dit Gaston qui continuait à fumer son cigare, avant tout, laissez-moi vous complimenter sur votre talent; vous chantez à ravir.
—Vous êtes bien bon, monsieur, et je trouve, moi, que vous avez une voix superbe.
Le jeune homme prononça ces mots avec une timidité pleine de grâce.