—Dragonne! firent les deux frères reculant tous deux.

—Oui, le démon, le diable, Dragonne qui vient! répéta Jean dont les dents claquaient de terreur.

—Qui vient ici? exclama le baron stupéfait.

—Ici, répondit Jean, avec son fusil...

—Seule?

—Non, avec trois hommes... Nous sommes perdus!...

—Cornes du diable!... s’écria l’oncle Joseph, c’est la Providence qui nous l’envoie... Nous allons la recevoir à coups de fusil, monsieur mon frère... Que tout le monde rentre, qu’on ferme les portes, qu’on charge les armes!...

—Oui, oui, répétait l’oncle Antoine... Les Lancy nous attaquent, eh bien! nous allons les recevoir... nous sommes Vieux-Loup, ventre de daim!...

Les ordres du baron Joseph de Vieux-Loup de la Châtaigneraie avaient été exécutés ponctuellement. Les valets, si souvent gourmandés à coups de crosse par la belle châtelaine et qui tremblaient d’ordinaire en entendant prononcer son nom, s’étaient tous réfugiés dans la cuisine et s’empressaient de barricader la porte de la tour, poussant les verrous, fermant les serrures et amoncelant dans les corridors les bahuts et les escabeaux. Ils s’attendaient à soutenir un véritable siége.

M. le baron de Vieux-Loup et le gros chevalier, son frère, avaient démoli pièce à pièce le vaste trophée qui surchargeait le manteau de l’âtre; ils avaient distribué les fusils, les vieilles épées, et ils armaient les carabines à double coup, tout cela en tremblant et agités d’une singulière émotion.